Camping au Japon

La plupart des voyageurs au long cours optent pour la solution du camping en tant que logement pour différentes raisons.

La première pourrait être la sensation de liberté par l’autonomie. N’étant pas des acharnés à tout prix du camping, cette raison est pour nous la moins évidente.

La deuxième raison est la flexibilité permettant de découper sa journée selon son rythme et de choisir ses propres chemins sans devoir tenir compte de la présence ou non d’un hôtel. Au Japon presque chaque petite ville possède son hôtel, rendant cet argument peu valable.

Finalement, si beaucoup se dirigent comme nous vers la solution du camping au Japon, c’est pour une question de budget. Le pays est riche et les chambres d’hôtels ont des prix proportionnels au niveau de vie de la population.

Avant d’arriver au Japon, des témoignages d’autres cyclo-voyageurs nous avaient appris que c’était plutôt vers le camping “sauvage” ou bivouac que nous allions devoir nous orienter. Bien que ces témoignages sont généralement positifs, ils ne nous avaient pas vraiment rassurés car le camping sauvage n’est normalement pas légal au Japon. Nous voulons donc faire part de notre expérience dans cet article.

Les campings officiels

Lorsque ce fut possible, nous nous sommes dirigés vers les campings officiels. Il y en a de trois sortes : les auto-campings, les classiques payants et les gratuits.

Les auto-campings

Chacun y a son propre emplacement bien délimité et peut y garer sa voiture juste à côté de sa tente. Pour les voyageurs comme nous, ils sont à oublier car leurs prix sont démentiels : comptez minimum 40 € pour un emplacement sans banc ni table et souvent sans ombre. L’électricité est en sus. À ce prix-là, autant aller à l’hôtel pour à peine plus cher.

Les campings classiques payants

Leurs prix sont démocratiques (en moyenne 4 à 5 € par personne) mais leurs services assez incertains et souvent pauvres. Très peu offrent des douches. Lorsqu’il y en a elles sont payantes. Le terrain où planter la tente n’est pas toujours très régulier. Il y a toujours un coin cuisine, parfois couvert, des sanitaires et assez rarement un banc où s’asseoir. On peut les dénicher via Google Maps. Un gros point négatif est qu’il est impossible de savoir à l’avance s’ils sont ouverts ou pas. Certains exigent des réservations, à notre avis non pas pour s’assurer qu’une place sera libre à votre arrivée mais pour s’assurer que quelqu’un viendra ouvrir la barrière du camp. Ainsi nous nous sommes retrouvés quelques fois devant une porte close (même fin juin début juillet), la réservation par téléphone uniquement nous étant de toute façon impossible au vu de nos pauvres connaissances linguistiques nippones.

Ces camping n’ont rien à voir avec ceux de chez nous où ils seraient de toute façon fermés pour des raisons d’insalubrité ( pour rappel absence de douche, éviers multi-usage servant aussi bien au lavage de la vaisselle que du linge ou des pieds ou des dents…). Étrange dans un pays où la moindre bactéries est pourchassée sans merci…

Les campings gratuits

Ils offrent exactement les mêmes services que les payants sauf… qu’ils sont gratuits. Ils ont cependant tendance à être situés dans des endroits inaccessibles pour nos mollets c’est-à-dire au sommet de collines aux pentes bien raides. Il existe un lien internet pour les trouver. Un point commun entre les payants et les gratuits, c’est que nous nous sommes souvent retrouvés seuls à la période à laquelle nous avons voyagé (mi-mai à fin juillet)

Si nous avons essayé autant que possible d’aller vers les campings officiels, c’est qu’en plus de l’aspect purement légal on peut y laisser sa tente toute la journée si on veut se reposer ainsi que la planter dès notre arrivée sans devoir attendre la fin de la journée comme c’est le cas lorsque nous faisons du bivouac.

Le bivouac

Il y a plusieurs stratégies pour trouver un bon endroit de bivouac.

Pour vivre heureux, vivons cachés

La première consiste à se cacher pour éviter tout risque d’être délogé. Au Japon c’est faisable. Un inconvénient est qu’il faut s’installer discrètement, pas trop tôt dans la journée, ce qui est plus difficile lorsque l’on voyage avec un jeune enfant. D’autre part, pour ce type de bivouac, il n’y a évidemment pas de sanitaires ni d’eau courante. Ce n’est pas insurmontable mais ne facilite pas les choses.

Camping urbain

Une autre solution est de ne pas se cacher du tout et de planter la tente dans les parcs publics parfois situés au coeur des villes. L’avantage et d’avoir accès à l’eau courante et aux sanitaires. A chaque fois, il y a de larges toilettes pour personnes handicapées où on peut s’enfermer et se laver tranquillement au lavabo.

C’est l’option que nous avons choisie la plupart du temps. Nous attendions la fin de journée pour monter la tente dans un coin moins fréquenté du parc. Le risque de se faire déloger par la police est faible et seulement si des riverains ou usagers du parc les appellent en ce sens. Pour tenter d’éviter ce genre de désagrément, il faut essayer d’être discret et de ne pas heurter les sensibilités par des actes obscènes qui ont au Japon une autre signification que chez nous. Par exemple s’embrasser en public ou montrer ses tatouages ou encore faire pipi contre un arbre. L’avantage des parcs par rapport au camping et qu’ils sont plus confortables : terrain plat, bancs, tables, toilettes très propres… A noter qu’il ne sert à rien de demander l’autorisation de s’installer aux riverains car la réponse sera d’office négative, personne au Japon ne prend une responsabilité s’il n’est pas accrédité en ce sens. L’inconvénient des parcs est qu’ils sont très fréquentés par les marcheurs qui y font leurs exercices dès le lever du jour soit dès 5h du matin, en groupe et en papotant allègrement à un mètre de la tente. Pour parfaire le tout certaines villes disposent même de haut-parleurs diffusant une petite musique dès 5h du matin. Au Japon, comme dans toute l’Asie, on se lève tôt. La grasse matinée y est très compliquée…
À notre avis, le bivouac est tel que décrit ci-dessus, même si pas autorisé, est cependant toléré par les autorités car nous ne sommes pas vraiment considérés comme des campeurs mais plutôt comme des voyageurs se reposant en avant de reprendre la route le lendemain matin.

En bord de route

Si on veut rester dans la légalité pure il existe une troisième option de bivouac: les aires de repos le long des routes appelées également mishi-no-eki. Ces dernières présentent comme avantage par rapport au simples parkings d’être équipées de sanitaires, de toit où s’abriter en cas de pluie et parfois même d’un onsen (bains publics). Leur inconvénients et le bruit dû à la proximité de la route et le va-et-vient des voitures sur le parking. Certains sont plus propices que d’autres. Avant de s’installer, il est préférable de demander au manager du lieu où l’on peut planter la tente.

Quelques anecdotes

Pour nous, cela s’est la plupart du temps très bien passé mais voici tout de même quelques anecdotes montrant que jamais rien n’est simple au Japon.

Le camping d’Hiroshima

Hiroshima: à notre grande surprise, il nous avait été conseillé par plusieurs locaux de nous installer dans le grand parc au centre de la ville. Ce que nous fîmes. Vers 22h, un policier est à notre porte et nous fait comprendre par des gestes assez explicites que nous ne pouvons pas rester là. Après renfort de deux autres policiers et de Google Translate ainsi que de communications par talkie walkies avec le poste centrale, ils relèvent nos passeports. Ils se rendent compte à ce moment que nous voyageons avec un jeune enfant. Ne sachant quoi répondre lorsque nous leur demandons où nous pouvons nous installer, ils nous autorisent finalement à rester sur place à condition de partir tôt le lendemain matin. Cette expérience nous fait un peu l’effet d’une douche froide car c’était l’une des premières fois que nous adoptions la stratégie du parc en ville. La faute à pas de chance ?

Le camping fermé

Quelques jours plus tard, afin d’éviter tout souci avec la police, nous prolongeons volontairement l’étape afin d’arriver à un camping officiel et payant. Mauvaise surprise à l’arrivée, le camping est fermé bien que nous soyons déjà fin juin. Pas de souci, le camping est situé au milieu d’un parc. Nous sommes fatigués et décidons de planter la tente près des grilles closes du camping, à côté d’une table et d’un banc. Nous finissons de manger lorsque surgit dans le noir le gardien. Il passe d’abord aux toilettes, peut-être pour se donner du courage avant de nous affronter et en ressort avec une matraque lumineuse. Il fait tellement de gestes en se dirigeant vers nous qu’il nous fait penser à une personne chargée de diriger les avions au sol sur les pistes d’atterrissage. Nous comprenons rapidement que nous ne pouvons pas rester là. Bien que la moutarde commence à nous monter sérieusement au nez nous ne sommes pas décidé à décoller. Désespéré il nous montre un parking sur Google Maps 10 km plus loin où nous pourrions nous installer. Grâce à notre traducteur électronique nous lui faisons comprendre que nous refusons de bouger et arrivons finalement à un accord : nous pouvons rester dormir sur place à condition de commencer le démontage de la tente dès 6h du matin ce qu’il viendra d’ailleurs vérifier personnellement.

Le camping de l’autoroute

Après quelques semaines de tranquillité, mais aussi sans trop de bivouac, nous allongeons une étape de montagne pour atteindre une aire de repos un peu particulière car située le long d’une autoroute bien que accessible de l’extérieur par un petit chemin. Cette fois, nous n’avons même pas le temps de sortir la tente que deux dames viennent à notre rencontre. Nous flairons directement les ennuis. Elles nous font comprendre que cette pelouse avec table et banc est réservée aux personnes motorisées arrivant par l’autoroute et que nous ne pouvons pas nous y trouver avec nos vélos. Quand nous leur annonçons que nous avons l’intention d’y passer la nuit elles semblent complètement paniquées et appellent par téléphone le manager, le problème les dépassant totalement. 5 minutes plus tard arrivent en renfort deux policiers suivis de près par deux agents de sécurité.

À force de discussion, nous sommes autorisés à dormir là à condition d’amener nos vélos 10 mètres plus loin en dehors de l’aire officielle de repos. Visiblement ce qui les gêne n’est pas notre présence mais bien celle des vélos qui ne sont pas prévu dans la procédure du site. Ensuite, nous parlons d’installer notre tente et là c’est à niveau la panique dans les rangs, cet élément n’étant visiblement pas non plus prévu dans le protocole. On peut visiblement dormir sur le banc à l’intérieur du petit kiosque mais pas dans une tente. À nouveau, appel téléphonique à une personne plus haut placée qui pourrait prendre une responsabilité mais la réponse tarde et n’est pas claire. Un des policiers nous suggère d’aller planter la tente dans un parc assez proche mais suite à une remarque de notre part, il devient moins sûr de lui car il ne peut pas nous garantir que nous n’aurons pas la visite de ses collègues. Du coup il a envie de retirer sa proposition. La discussion perdure, la nuit commence à tomber et pour finir nous clôturons les débats de notre propre chef et faisons mine de nous en aller vers le parc. Lorsque nous quittons le site, les agents de sécurité nous suivent de près afin de s’assurer qu’il ne nous arrive rien en marchant à côté de nos vélos, le site est en effet prévu pour les voitures et non pas pour les vélos. Quel pays indécodable !

Une journée de repos

Quelques jours plus tard, nous décidons de nous reposer pendant 2 ou 3 jours dans un camping sympa (avec douches !) le long de la mer. Le problème est qu’en arrivant nos sacoches sont vides et nous n’avons plus rien à manger pour les jours suivants. Le lendemain Fred fera une petite balade de 40 km à vélo pour aller au ravito. Pas mal pour une journée de repos ! Mais il faut dire que c’est beaucoup plus facile avec un vélo presque déchargé.

Un long week-end au Japon

En approchant de Tokyo nous avons un peu d’avance sur le timing avant de prendre l’avion. Nous décidons de nous arrêter pendant une semaine dans un camping au bord d’un lac au creux des montagnes avec le mont Fuji majestueux en arrière-plan. Le cadre est sublime.

Les 2 premiers soirs cela se passe bien. Le camping est très calme. Le vendredi soir quelques campeurs arrivent. Un autre arrive même à monter sa tente à la lueur des phares de sa voiture après 22h. Effet weekend ? Le véritable débarquement commence le lendemain dès 4h du matin. Nous entendons bruits de moteur, conversations animées, jeunes enfants qui pleurent, bruits de piquets métalliques qui s’entrechoquent, coups de marteau. À 6h du matin tout le monde est installé.

Plus un seul mètre carré de libre dans le camp. À ce moment nous pensons que les congés payés ont commencé au Japon. Les tentes sont tellement équipées que nous avons l’impression qu’ils prennent toute leur maison avec eux pour aller camper.

Nous passons deux nuits horribles : les Japonais plutôt discrets pendant la journée semblent se transformer en véritable guindailleurs à mesure que la soirée avance et que les bouteilles de saké se vident. Les enfants crient également de plus en plus fort au fur et à mesure qu’ils se fatiguent. Vers 23h30 heureusement c’est le couvre-feu. Mais il est de courte durée car vers 4h du matin les premiers pêcheurs et kayakistes se lèvent et se dirigent vers le lac en discutant bien fort. Le lundi matin le camping commence à se vider et en milieu d’après-midi nous sommes à nouveau tout seul dans la tranquillité. Il s’agissait là d’un weekend prolongé de la mi-juillet au Japon.

En conclusion

Vous l’aurez compris le camping au Japon n’est pas une sinécure. Nous arrivons à nous laver vaille que vaille mais après parfois 10 jours sans douche nous sommes contents de prendre une chambre d’hôtel ou de passer voir nos amis Warmshowers pour une douche bien chaude.

Le camping n’est pas l’activité et que nous aurons préféré au Japon mais fut plutôt pour nous un mal nécessaire. Le bivouac au milieu urbain ou semi urbanisé n’est pas du tout non plus notre tasse de thé. Mais il s’agit sans doute là d’une question de sensibilité.


Commentaire

Camping au Japon — 8 commentaires

  1. Oh , camping et dodo au Japon c’est une vraie aventure remplie de surprises et suspens . Si les Japonais sont supers équipes pour le camping , je vois que Muriel n’ a pas oublié la petite nappe traditionnelle à carreaux rouges et blancs …. Profitez à fond . Bisous à vous 3

  2. Vraiment cette histoire de camping m’a passionnée jusqu’au bout; les tribulations de la petite famille au pays du soleil levant valent leur pesant d’or. Elles me rappellent bien des situations vécues, mais sur toute une vie, alors que là c’est en quelques semaines. Les négociations avec la maréchaussée sont toujours amusantes (sauf quand on y est),l’issue étant imprévisible. J’aime ce jeu qui consiste à les déstabiliser: dès qu’ils sortent du protocole, ils perdent pied. La loi du bon sens n’existe pas. Si un problème n’est pas décrit dans le règlement, il n’y a pas de problème. De même pour la solution. D’ailleurs s’il n’y a pas de problème, il n’y a pas de solution ! Confronté au vide, le gabelou n’a plus de tête. Merci pour ces partages, je les lis toujours avec un grand plaisir. Bonne continuation et au prochain épisode.

  3. Très intéressant de partager ces informations. Merci.
    Mais, ce sera encore plus palpitant que d’entendre toutes ces anecdotes et expériences de vive voix. On se fait un plaisir de vous retrouver …

  4. Ping : Toen waren we met zes – De Bazaar van Barbaar

  5. Bonjour, j’étais à la recherche d’info sur les campings et je vous remercie pour la très bonne description de votre expérience. et surtout vos anecdotes m’ont fait beaucoup rire!

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