Le Japon : À la découverte du Pays du Soleil

Nous avions hâte de découvrir ce pays à cheval entre modernisme et tradition si souvent décrit de manière enthousiaste par d’autres voyageurs, cyclistes ou non.

Le vol entre Taipei et Osaka ne dure que 2 heures. Pour nos premières nuits dans le pays, nous avons réservé un studio en ville. La première étape consiste d’y arriver avec nos vélos et remorque répartis dans 4 caisses en carton sans oublier nos autres bagages.

Cela n’est pas un jeu d’enfant car il est interdit de quitter la zone aéroportuaire en vélo. Le centre-ville étant à plus ou moins une heure de route de l’aéroport, différentes options pour s’y rendre s’offrent à nous. Nous abandonnons presque immédiatement l’idée du van (taxi) car nos bagages sont trop encombrants et de toute façon la solution sera trop onéreuse. Nous nous dirigeons vers celle du train mais après moult tergiversations on nous interdit l’accès aux quais à cause de nos caisses trop volumineuses. Il ne nous reste plus qu’à nous faire rembourser nos tickets. Nous prions pour que le bus nous accepte. Cela ne nous semble pas évident de prime abord car les soutes à bagages sont déjà bien pleines. Après une conversation relativement longue faite de gestes, de sourires et de courbettes et surtout grâce à la bonne volonté du personnel, nous finissons par tout embarquer en direction de la gare centrale qui n’est plus qu’à 4 km du studio réservé pour la nuit. Il est 19h lorsque nous descendons du bus. Il nous reste à ré-assembler les 3 vélos et ce n’est pas une mince affaire même si c’est déjà la huitième fois depuis que nous avons quitté la Belgique… Après quelques kilomètres dans le noir du côté gauche de la route et surtout grâce à l’aide du GPS nous arrivons enfin à l’appartement où nous sommes très contents de prendre une douche et un repas avec une bonne bière.

Une nuit de repos nous remet d’aplomb et nous partons à la découverte d’une ville (la deuxième plus grande du pays) incroyablement silencieuse au point d’y entendre chanter les oiseaux. Les mobylettes de l’Asie du Sud-Est et de Taïwan sont remplacées par de très nombreux vélos. Les voitures à essence de petite cylindrée sont très peu bruyantes. Les gens eux-même sont silencieux. Pas de radios intempestives, pas de cris, pas de coups de klaxon…
Ainsi que nous nous y attendions tout est propre, pas un papier ou une bouteille qui traîne. Nous ôterions presque nos chaussures pour ne pas salir les trottoirs.
Autant les klaxons vietnamiens nous avaient dérangés et presque aliénés, autant ici le silence quasi monastique nous perturbe un peu. Heureusement qu’entre les deux pays l’étape taiwanaise nous a permis d’amortir le choc.

Lors de nos deux derniers jours à Taiwan, nous avions concocté un programme de découverte du Japon avec le support de Ann et de Tsai qui avaient parcouru en vélo le pays du Nord au Sud pendant 4 mois. Après une arrivée à Osaka, direction Kyoto pour 3 jours de visite de la cité impériale. Ensuite retour à Osaka pour prendre le ferry vers Kyushu qui est la plus au sud des 4 grandes îles nippones. Finalement remonter jusqu’à Tokyo via Hiroshima et les îles de Shikoku et d’Honshu par les chemins de traverses, tout cela sur 2000 km et 2,5 mois. Le pays est essentiellement montagneux et les parties plates recouvertes de grandes agglomérations, nous avons donc dû trouver un compromis entre villes et montagnes.

Nous commençons donc par un aller-retour vers Kyoto. La route n’est pas déplaisante et suit une voie fluviale par des pistes cyclables. Malheureusement aux alentours d’Osaka des protections empêchant les motocyclettes d’accéder aux pistes sont nombreuses et nous ennuient beaucoup avec nos vélos bagagés. À chaque fois un portage des vélos ou un délestage partiel s’impose.

Tout comme Osaka et les villes que nous traverserons par la suite, Kyoto est envahi par les vélos utilisés par des gens de toutes les classes et de tous les âges pour leurs déplacements quotidiens. La circulation des cycles se fait tant sur la route que sur les trottoirs y compris à contresens. Cette anarchie apparente nous surprend un peu mais il règne un respect mutuel entre tous les usagers.

Kyoto, ancienne capitale impériale, regorge de touristes. Pendant 3 jours, nous sillonnons la ville en vélo à la découverte des vieux quartiers, temples, tombeaux, pagodes et palais. L’art japonais est très sobre à nous nos yeux. Pas de dorures, statues ou de décors flamboyants. Dans les palais multi-centenaires et construits tout en bois il n’y a aucun meuble, juste des tatamis sur le sol et des cloisons en papier. Culturellement cela nous déconcerte un peu lorsque nous comparons mentalement avec nous châteaux et cathédrales. Par contre nous nous émerveillons devant leurs jardins dits “japonais”.

Lors de notre retour à Osaka, nous sommes accueillis par les Warmshowers Emi et Koji et leurs garçons Iki et Mikuni. Leur maison est traditionnelle avec ses cloisons de papier, tatamis, tables basses sans chaises et les futons pour dormir. Nos hôtes tentent de se donner un air insignifiant mais lorsqu’ils sortent à notre demande l’album-photos de leurs 3 ans et demi autour du monde à vélo, nous n’avons plus qu’à nous prosterner en les voyant photographiés au milieu des Masaï, sur les sommets du Tibet ou au Machu Pichu. Respect ! Par leur expérience ils sont des hôtes fantastiques pour des cyclos-voyageurs et une superbe porte d’entrée pour nous au Japon.

L’étape suivante est le ferry de nuit entre Osaka et le nord de l’île de Kyushu. La traversée dure une douzaine d’heures et nous avons réservé des futons dans une cabine collective qui ne sera pas remplie. C’est un peu fourbus que nous nous réveillons le lendemain, les futons n’étant pas trop épais pour nos dos occidentaux habitués aux lits moelleux. Nous prenons la route dès la sortie du bateau et repassons rapidement sur l’île d’Honshu via un tunnel situé une cinquantaine de mètres sous le niveau de la mer. Ce tunnel réservé aux cyclistes et piétons est creusé en-dessous de celui pour la circulation automobile. Il y a une trentaine d’années, un pont a été construit non loin car le besoin stratégique et économique de passer facilement d’une île à l’autre a toujours été vital pour les Japonais. Nous vous raconterons d’autres exemples de ces ponts dans un prochain article.

 

L’intérieur des îles japonaises est resté très nature et sauvage, paradoxalement beaucoup plus que la beaucoup moins peuplée Nouvelle-Zélande. La vie sauvage animale y est restée importante. En seulement quelques jours, nous avons l’occasion d’observer de nombreux oiseaux, échassiers et rapaces, singes, tortues et autres insectes de taille parfois impressionnante sans oublier les lucioles. L’eau des ruisseaux et rivières est limpide et ces derniers ne servent visiblement pas de déversoirs aux égouts. Il faut dire que cette eau inonde les nombreuses rizières.

Comme déjà dit précédemment dès que l’on quitte les côtes, le relief se fait plus exigeant même si jusqu’à présent les pourcentages restent acceptables. Après quelques jours en montagne nous rejoignons la côte et un haut lieu du tourisme japonais: l’île de Miyajima, proche d’Hiroshima et très connue pour sa “torii” dans l’eau. Malheureusement nous y passons à marée basse et une foule de touristes s’y presse à ses pieds ce qui n’est pas très bon pour la photo 🙂

Nous sommes émerveillés par l’architecture traditionnelle nippone. Contrairement aux grandes villes et ses habitations modernes sans grand charme, les villages ont gardé un style typique. Mais ce qui nous émerveille avant tout ce sont leurs jardins, stylisés et entretenus avec soin. Nous nous demandons comment il est possible de sculpter les arbres et leur donner de telles formes.

Mais l’esthétisme est poussé encore plus loin. Même les paysages ont parfois l’air d’être d’immenses jardins japonais. Ainsi lorsqu’ils canalisent une rivière, ils ne se contentent pas d’en bétonner les bords comme un canal. Ils bâtissent des murs en pierre, rendant l’ensemble joli à regarder.

Notre route nous conduit ensuite à Hiroshima célèbre malgré elle. Premier arrêt près du A-dôme, épicentre de la bombe atomique. Nous y rencontrons quelques survivants qui militent contre les armes atomiques et partageons quelques moments avec eux. La halte suivante se fait au Mémorial. Nous y réapprenons l’horreur du 6 août 1945 où le but américain fut de marquer le plus possible les esprits en tuant un maximum de personnes afin de terminer la guerre au plus vite tout en évitant la progression des Russes dans le Pacifique. But atteint, mais à quel prix ! Cette visite nous a laissés pleins d’émotion, probablement le moment le plus émouvant depuis notre départ.

En conclusion de ces 2 premières semaines nous pouvons dire que le dépaysement est total ainsi que nous l’espérions en venant ici. Nous avons maintenant un bon aperçu du Japon tant au niveau culturel que géographique et humain. Nous espérons pouvoir approfondir les choses lors d’un prochain article dans lequel nous aborderons également les aspects plus pratiques de notre séjour au pays du soleil levant.


Commentaire

Le Japon : À la découverte du Pays du Soleil — 10 commentaires

  1. Grâce à vous ………. J’évite depuis deux année de prendre un abonnement….aux sentiers du monde
    Nous attendons avec impatience votre retour de façon à ´ vivre ´ encore un peu plus cette terrible expérience .
    Afin de vous ré-habituer un peu à la Belgique …….je part ce matin…….en expédition ………vers Bievene et Grammont …..hi hi hi.
    Biskes à vous trois
    Regine et Dan

  2. Grace a vous nous pouvons ainsi vivre de beaux moments et d’oublier notre petit train train quotidien,
    Nous vous embrassons très fort …….Vous nous manquez !!!!!!!

  3. Hello,
    On vous suit à la trace avec quelques années de retards, nous revenons de l’ Arizona, de l’Utah et du Colorado après une balade de 4000 km, paysages à couper le souffle qui ne posent pas de problème avec nos 4 roues…
    Merci pour vos reportages magnifiques et bonnes fin de voyage.
    Biz
    Zabeth & Didier

  4. aujour’hui c’ etait la GRINTA sous le soleil…
    Cela m’ a fait plaisir de rencontrer Michel, et on a parlé de vos exploits..
    Bonne continuation et bon retour chez vous..
    Michèle

  5. Coucou vous trois , tout ça nous emeut… merci pour vos partages ! Et Angele, que dit-elle de tout cela ? Kiss Anne et Laurent

  6. Bonjour à vous 3,
    Paysages comme commentaires toujours savoureux,..à nous faire rêver!
    bonne suite pour la presque déjà fin de votre fabuleux voyage. merci pour tout ce que vous avez partagés et pour pour la suite de vos publications.
    Au plaisir de vous revoir et de vous entendre sur cette magnifique tranche de vie.
    A+,
    Jean-pierre et jocelyne

  7. Encore une fois merveilleux reportage , la nature est très respectée à voir , on devrait en prendre un peu de la graine . En tout cas vous nous aurez fait rêver d’un bout à l’autre de votre voyage . Un grand merçi pour cela et bonne route pour la suite . Ghislain

  8. Profitez bien des dernières semaines de ce fabuleux voyage digne d’un roman de Jules Verne, pensez à faire le plein de paysages superbes, ayez des souvenirs plein la tête à nous raconter et, surtout, ne clôturez pas ce blog dès votre retour mais continuez à nous conter des anecdotes. Serge et Charlotte

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