Circuit touristique au Cambodge

Le Cambodge possède avec Angkor un des sites touristiques et archéologiques les plus connus et visités au monde mais paradoxalement le reste du pays est relativement pauvre touristiquement parlant. Le pays ne se résume pourtant pas aux temples d’Angkor et nous organisons notre boucle vélo en fonctions des quelques points d’intérêts relevés dans des guides ou blogs de voyages ou conseillés par d’autres cyclos-voyageurs.

Nous ne reviendrons pas sur notre séjour dans la capitale Phnom Penh déjà largement décrit dans un article précédent et qui nous avait laissé sur notre faim.

Kratie et ses dauphins

Nous faisons notre première étape prolongée à Kratie le long du fleuve Mekong. Cette petite ville de province dont l’architecture coloniale a été préservée des bombardements est assez prisée par les touristes désireux de rencontrer un Cambodge plus authentique. Qui dit touristes dit meilleurs hôtels et comme nous sommes le 24 décembre cela nous arrange bien. Cette année nous n’aurons pas la chance de fêter Noël en famille autour d’une bonne table mais nous avons le soleil et la piscine pour nous consoler.

Bien sûr nous n’allons pas jusqu’à Kratie que pour la piscine mais également pour voir les célèbres dauphins d’eau douce Irrawady. Il ne resterait plus qu’une centaine de représentants de cette espèce gravement menacée.

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Quelques associations de protection de la nature et sans doute également le gouvernement tentent de sensibiliser les populations locales à la sauvegarde de ces animaux mais le résultat obtenu nous semble tout de même insuffisant. Nous sommes bien évidemment contents de monter dans une pirogue motorisée pour aller les observer de près mais dans l’intérêt de la tranquillité et de la sécurité des cétacés il nous aurait semblé préférable de regrouper plus d’occupants par barques plutôt que de multiplier les bateaux pratiquement à vide. D’autre part ces animaux mériterait mieux comme sanctuaire que ce Mekong relevant du dépotoir. Encore une fois nous nous demandons pourquoi la pauvreté côtoie si souvent la crasse. Les rivages du fleuve et donc probablement le fleuve lui-même sont jonchés de déchets en tous genres. Mais il en est de même pour les abords des routes et des maisons donc pourquoi en irait-il autrement pour le fleuve ?

Malgré tout nous avons pris plaisir pendant cette petite heure passée sur le fleuve et avons eu la chance d’observer de nombreux mammifères aquatiques. Pour les photos nous devrions améliorer un tantinet notre rapidité 🙂

Les villages flottants du lac Tonle Sap

Le Tonle Sap est en fait une grande surface au centre du Cambodge située sous le niveau des rivières. Ainsi lorsqu’en saison des pluies le niveau de ces dernières monte, cette immense zone se retrouve inondée. En saison humide le lac couvre une surface de 16000 km2 soit la moitié de la Belgique contre moins de 3000 km2 en saison sèche.

Ce phénomène est très bénéfique pour la culture du riz mais impose pas mal d’adaptations aux habitants. Les villages de la région du lac sont de deux types: les habitations situées près des berges sont principalement construites sur pilotis, les autres sont réellement des maisons sur flotteurs qui montent et descendent au gré des saisons.

Autour de Siem Reap il est possible de visiter toute une série de villages dits flottants. Nous avons choisis d’explorer celui de Kampong Khleang, moins fréquenté par les visiteurs car plus éloigné des hôtels de Siem Reap, plus ‘authentique’ selon les guides et qui nous avait été recommandé par notre ami Marcel Hendrickx. A l’arrivée sur place, nous sommes un peu surpris de découvrir un village construit sur pilotis et donc lacustre mais pas flottant. Aussi il ne s’agit pas d’un village mais d’une véritable ville de plusieurs milliers d’habitants s’étendant sur plusieurs kilomètres le long d’une route principale non-revêtue et probablement sous eau une bonne partie de l’année. Nous avons vraiment été impressionnés par ce village à cheval entre modernité (téléphones portables, télévisions…) et traditions. Ce n’est en effet pas le tourisme et le peu qu’il rapporte aux habitants qui encourage ces derniers à demeurer dans leur village où les conditions de vie semblent beaucoup plus rudimentaires et difficiles que sur la terre ferme.
Nous sommes également fascinés de voir comment les hommes se sont adaptés à la nature en construisant leurs habitations souvent 10 mètres au-dessus du sol et cela sans béton ni ferrailles mais simplement avec du bois et des tiges de bambou. Les enfants sont habitués dès leurs premiers pas à grimper seuls aux échelles en bambou.

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Après cette visite ‘terrestre’, nous embarquons sur un bateau qui nous permet de découvrir le même village côté lac cette fois ainsi qu’un second village beaucoup plus petit mais véritablement flottant celui-là une dizaine de km plus loin. Bien que de taille réduite, il possède son école, un dispensaire, un bureau d’administration, quelques magasins alimentaires le tout accessible en bateau uniquement. Il y a même un pylône d’antenne gsm. Digne d’un reportage de ‘Thalassa’ ou de ‘Faut pas rêver’!

Siem Reap et les temples d’Angkor.

Il est difficile de visiter le Cambodge sans passer par Angkor, certains ne connaissent d’ailleurs le pays qu’au travers de ce site.

Peut-être sommes-nous blasés par autant de mois de voyage, de découvertes et de surprises et sans doute sommes-nous devenus de ‘mauvais’ touristes mais Angkor n’est vraiment pas ce que nous retiendrons le plus du Cambodge et nous en attendions beaucoup plus. Certes nous avons aimé certains temples montrant la richesse de la civilisation khmère à son apogée mais de façon générale nous avons été beaucoup plus impressionnés par les sites archéologiques du Mexique.

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Le site s’étendant sur 400 km2 et comportant plus de 200 temples construits entre le 9ème et le 15ème siècle est l’ancienne capitale de l’empire khmère. Après l’abandon du site la forêt a repris ses droits et seuls les temples construits en pierre qui était réservée aux maisons des dieux ont résisté au temps. Les maisons et palais probablement somptueux construits en bois ont quant à eux totalement disparus. Depuis la ‘redécouverte’ du site au 19ème siècle de nombreux temples ont été dégagés et restaurés voire en bonne partie reconstruits, les racines des arbres ayant souvent écarté les blocs de pierre des murs jusqu’à les faire s’écrouler.

Le site dédié aux dieux de l’hindouisme à l’origine et ensuite repris par les bouddhistes est si vaste que plusieurs jours sont nécessaires pour en visiter les temples principaux à moins de se limiter aux célèbres Angkor Vat et Angkor Thom. Pour notre part nous faisons la visite sur 3 jours, les 2 premiers en tuktuk, le troisième en vélo.

Autre particularité, le site est parsemé de villages totalisant 100.000 habitants vivant du tourisme et de l’agriculture.

L’emblématique Angkor Vat que l’on retrouve d’ailleurs sur le drapeau national ne nous a pas impressionné outre mesure. D’autres temples moins visités nous ont beaucoup plus plu par leur aspect moins massif et plus aéré.

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Malheureusement Angkor est synonyme de tourisme de masse, avec une proportion élevée de Chinois souvent irrespectueux prenant les monuments d’assaut tels des nuages de sauterelles. Ils grimpent partout, n’hésitent pas à toucher les fresques fragiles et à vous bousculer pour se faire prendre en photo au bon endroit. Une meilleure canalisation voire une limitation du nombre de visiteurs serait sans doute profitable à la pérennité du site.

Angèle qui n’est pas encore fan ni d’archéologie ni de marche a bien aimé les éléphants et les singes devenus obèses à force d’engloutir la nourriture que leur jettent les passants.

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Le bateau entre Siem Reap et Battambang

Nombre de visiteurs individuels choisissent de rallier Siem Reap à Battambang par les voies navigables. Ce mode de déplacement n’est possible que lorsque le niveau des eaux le permet. Il n’y a pas réellement de rivières entre les 2 villes, les bateaux traversent plutôt la grande zone inondée dont nous parlions plus haut. Il s’agit tantôt de canaux, de chenaux ou de rivières, tantôt de mangroves. Il y a donc plusieurs itinéraires possibles sur une partie du parcours selon le niveau des eaux et l’expertise du batelier, ce dernier navigant sans l’aide d’un GPS.

Au départ de Siem Reap il existe plusieurs embarcadères assez éloignés de la ville et curieusement pour nous il n’est pas possible de savoir à l’avance à partir duquel les bateaux démarrent un jour donné, la décision se prennant au petit matin. Nous devons donc nous en remettre à la navette réservée en combinaison avec le ticket de bateau. Lors de l’achat de nos billets nous avions réservé un emplacement pour nos vélos mais nous sommes cependant inquiets de savoir comment ces derniers et nos bagages seront transportés jusqu’au bateau. La personne de l’hôtel s’étant occupée des réservations se veut rassurante, une personne de l’agence étant venue vérifier la taille de nos vélos et de la remorque. Nous ne savons cependant pas si le transfert s’opèrera en tuktuk, van ou autocar.

Sur le ticket le départ du bateau est annoncé à 7h. Il nous paraît donc raisonnable comme nous l’avait demandé notre contact à l’hôtel d’être prêts pour 6h. En bons Belges, nous sommes à la porte de l’hôtel à 5h45 prêts à partir. Fred profite même de ces quelques minutes d’avance pour démontrer dans le noir et sous la pluie les pédales des vélos afin de faciliter leur manipulation. Après une demi-heure d’attente, ne voyant rien venir nous réveillons le gardien de nuit de l’hôtel qui nous rassure en nous disant qu’en fait la navette est censée venir nous chercher à 6h40 et le bateau partir à 7h30 comme écrit en khmère sur notre réservation parait-il. ‘No problem the boat will wait for you’. 7h passe, puis 7h30 et comme soeur Anne nous ne voyons rien venir. Le gardien téléphone et ‘no problem, no problem’ nous sommes les derniers sur la liste des passagers à transférer mais nous ne sommes pas oubliés. Le bateau va attendre… A 8h30 nous voyons enfin arriver… un tuktuk avec déjà un passager et son bagage. Ce moyen de transport permet de véhiculer 4 passagers et leur (petite) valise mais ‘no problem’ tout va rentrer si nous voulons bien prendre Angèle sur nos genoux et donc y compris nos vélos, la remorque et nos 3 grands cabas… Nous sommes un peu sceptiques et les laissons s’amuser à tenter de faire rentrer le premier vélo. De notre côté cet exercice ne nous amuse pas du tout et nous arrêtons la plaisanterie lorsque nous sentons qu’il y aura bientôt de la casse. Nous proposons donc de suivre en vélo le tuktuk avec Angèle, les bagages, la remorque et l’autre passager mais impossible de savoir le nombre de km à parcourir : ‘very far, very far…’ Après avoir remonté les pédales, nous croisons une dizaine de km plus loin un van qui nous emmène à l’embarcadère avec nos vélos tout au bout d’une piste cabossée. Il est à peu près 10h, nous sommes les derniers à embarquer mais le bateau nous a vraiment attendus. Il fait entre 7 et 8h pour rejoindre Battambang contre 3 à 4h en autocar ou 3 jours en vélo à notre rythme.

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Le début du trajet se passe tranquillement et nous traversons de magnifiques paysages inondés. Le pilote qui est le seul membre d’équipage doit s’arrêter de temps en temps pour rehausser manuellement l’hélice à l’arrière afin qu’elle ne touche pas le fond de l’eau. Nous nous demandons comment il s’y prend pour trouver son chemin dans ce labyrinthe aquatique. Au fur et à mesure de notre progression la voie navigable devient de plus en plus étroite entre des murs végétaux. C’est magnifique pour les yeux mais le bateau racle de plus en plus souvent le fond. Tout à coup nous restons coincés. Au début cela fait rire la quinzaine de passagers mais au bout de quelques minutes de vains efforts du pilote les sourires deviennent jaunes. Heureusement le téléphone portable passe ce qui permet au pilote de faire part de nos difficultés au bateau qui nous suit de quelques minutes. Ce dernier arrive à notre rescousse mais ce n’est pas suffisant. L’aide des passagers est sollicitées. Nous devons tous monter sur le toit afin de faire tanguer le bateau en allant de droite à gauche et d’avant en arrière pendant que 3 personnes les pieds dans l’eau poussent le bateau. Au bout de 3/4h nous pouvons reprendre notre route.

La suite se passera plus tranquillement. Nous traversons de nombreux villages flottants. Avant de partir nous pensions que leur nombre était anecdotique mais c’est en fait très loin d’être le cas, une population importante vit de cette manière. Finalement cette journée de bateau sera plus qu’un simple déplacement mais une excursion en soi nous permettant de découvrir une facette du Cambodge que nous ne soupçonnions pas.


Nous sommes cependant contents d’arriver à Battambang après cette longue journée. La dernière heure de navigation n’est même pas agréable car les tonnes de déchets jonchant les berges de la rivière choquent le regard. Nous sommes attristés en voyant les nombreux enfants jouant et nageant dans ce dépotoir.

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Le train de bambou de Battambang

Quelques excursions sont possibles au départ de Battambang, de quoi remplir notre journée de repos si nous le désirons. Cependant nous ne sommes pas très motivés et le blog souffre d’un certain retard.

Comme nous voulons faire plaisir à Angèle pour la récompenser de sa patience lors de la visite des vieilles pierres et de la longue journée de la veille nous décidons d’aller essayer le train de bambou. Les locaux ont repris à leur compte l’ancienne ligne de chemin de fer à présent désaffectée pour y faire circuler de petites plateformes en bambou posées sur 2 essieux et propulsées par un petit moteur thermique. Le système est très ingénieux car il peut se désassembler rapidement et c’est d’ailleurs nécessaire car de nombreuses de ces plateformes circulent dans les 2 sens sur une voie unique. Il faut donc s’arrêter de temps en temps pour tout mettre sur le côté jusqu’à ce que la voie soit libre. Ces petits trains se déplacent beaucoup plus vite que ce à quoi nous nous attendions, de plus les rails sont tout tordus avec des raccords loin d’être parfaits. Cela fait que nous sommes bien secoués et qu’il y a intérêt à bien s’accrocher. Angèle est ravie par cette activité insolite et nous sommes contents pour elle ainsi que pour les locaux à qui cela rapporte un peu d’argent.

Conclusion de notre mois passé au pays des Khmers

Au point de vue des paysages, à part la zone inondée la partie du pays que nous avons traversée nous a plu sans être exceptionnelle du tout et nous a semblé monotone au fil des jours. Ce ne sont pas non plus les curiosités touristiques décrites dans les guides qui nous aurons épatées. Angkor vaut le détour, sans plus mais nous laisserons cela à l’appréciation de chacun.
Par contre ce qui nous aura marqués et impressionnés positivement c’est l’accueil et la gentillesse des Khmers. Parfois un peu trop curieux mais toujours prêts à nous aider et souriants.

Il est très facile de se débrouiller seul dans le pays car nombreux sont les cambodgiens baraguinant quelques mots d’anglais. Parfois il faut un décodeur car ‘yes’ veut parfois dire ‘non’ mais on s’y fait.

Nous avions craint l’état des routes et la circulation mais finalement cela ne nous a posé aucun problème et jamais nous nous sommes sentis en danger même si nous étions loin d’être seuls sur la route.

S’il devait y avoir une seule raison qui nous rendrait contents de quitter le pays ce serait le peu de richesse de la gastronomie locale. C’est dire à quel point nous avons apprécié notre séjour au Cambodge.


Commentaire

Circuit touristique au Cambodge — 5 commentaires

  1. Toujours aussi fascinant de vous suivre. Merci pour ces innombrables anecdotes; Je peux m’empêcher de penser que vous avez pris le rythme de l’aventure, tout vous semble normal…

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